Le problème crucial de l’accès au médicament en Afrique: pourquoi la Fondation s’engage ?

Selon l’ONU, plus de deux milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès aux médicaments essentiels. Malgré l’absence des données statistiques globales et fiables, l’OMS quant à elle estime que sur ce tiers de la population mondiale 50% se trouve en Afrique, et plus particulièrement sa partie sub-saharienne. C’est dans ce contexte alarmant que la Fondation finance chaque année l’achat de ces médicaments essentiels. 

Les médicaments rares … et chers

Constat : Environ 50% seulement de la population africaine a accès aux médicaments essentiels (liste officielle de 433 médicaments jugés indispensables par l’OMS pour répondre aux besoins de santé publique les plus importants).

Au-delà de cette pénurie chronique, les médicaments constituent la plus grosse dépense pour les ménages qui peut atteindre jusqu’à 60% des revenus en fonction des pathologies. En effet, les prix des « princeps » (médicaments d’une marque à l’inverse des médicaments génériques) ou des génériques sont entre 4 à 100 fois plus chers que le prix de référence international.

A titre d’exemple, une étude faite au Mali par l’OMS en 2016 révélait que 25% des médicaments vendus dans le secteur privé était avait un prix de 10 à 50 fois plus élevé en fonction des molécules et des marques en comparaison du prix de référence international (Prix des médicaments au mali, OMS, 2006). En Zambie, au Sénégal et en Tunisie, les médicaments génériques comme le paracétamol peuvent coûter jusqu’à 30 fois plus cher qu’au Royaume-Uni et aux États-Unis. Dans une région où 41,1% de la population vit avec moins de 2 dollar américain par jour, la situation sanitaire ne peut qu’être dramatique pour certains.

Grâce à vos dons, la Fondation finance cette année près de 400 000 euros d’achat de médicaments (antibiotiques, antiparasitaires, produits dermatologiques) . L’envoi de ces médicaments de base permet de garantir une traçabilité des médicaments dans des zones où les contrefaçons sont malheureusement très répandues et présentent un vrai risque sanitaire pour les populations soignées.

Cependant, au sein même des pays, il existe des différences énormes dans l’accès aux services de santé, entre les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, les habitants des villes et ceux des zones rurales, etc., et ces différences continuent d’augmenter dans certains pays. S’attaquer à l’incidence négative de ces inégalités et iniquités sur le développement social, économique et sanitaire nécessite des interventions à l’échelle de l’ensemble de la société.

Réduire les importations et augmenter la production nationale

70% à 90% des médicaments qui sont vendus en Afrique sont importés. Le défi est donc le développement d’une industrie pharmaceutique nationale. Des efforts sont faits depuis quelques années. De plusieurs rapports d’institutions, publiques comme privées, il ressort un consensus selon lequel la valeur de l’industrie pharmaceutique africaine a été multipliée par 5 entre 2003 et 2013, année où elle pesait 20,8 milliards $. Des indicateurs plus récents démontrent que cette croissance se poursuit à un rythme encore plus rapide et que ce marché atteindra entre 40 et 45 milliards de dollars d’ici 2020. Le Dr Xavier Crespin, directeur de l’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS, une entité de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest) souligne que l’Afrique de l’ouest ne produit que 25% de ses besoins en médicaments. « Un taux que les Etats de la Cedeao veulent amener à 50% » annonçait-il, sans détails supplémentaires en marge d’une visite officielle au Ghana (2017)

Au-delà de l’approvisionnement (qui, grâce à différents mécanismes mis en place par les institutions nationales et internationales sont en voie d’une lente amélioration), c’est l’accès aux zones où sont disponibles les médicaments qui pose un problème, la qualité des infrastructures devenant un enjeu crucial. Les routes, la distribution et la présence de centres de santé dans les zones les plus reculées du continent doit également s’organiser pour que toute la population puisse bénéficier des soins élémentaires et fondamentaux.

Principalement situés dans des zones reculées, les dispensaires gérés par l’Ordre de Malte prodiguent, des soins primaires sans distinction de sexe, d’ethnie, de condition sociale ou de religion. Ces centres médico-sociaux, animés par des sœurs catholiques, occupent donc une place majeure dans le parcours de soin des populations démunies et isolées, ils sont le premier maillon de la chaîne de soin des pays. Pour certaines de ces structures, l’Ordre de Malte France est la seule organisation à intervenir et son soutien par l’approvisionnement en médicaments est indispensable à leur activité médicale. Sans notre présence dans ces zone rurales, les populations pourraient parfois avoir jusqu’à 10 heures de trajet avant d’accéder aux premiers soins.

Les conséquences de la pénurie de médicaments

La première est évidente : l’espérance de vie au plus bas et la mortalité infantile au plus haut en Afrique font partie des plus élevés du globe. En 2013, la mortalité infantile était presque le double de la moyenne mondiale (90 et 46 pour 1000 naissances vivantes, respectivement), tandis que l’espérance de vie à la naissance était de 13 ans inférieure à la moyenne mondiale (58 et 71 ans, respectivement).

La seconde conséquence est également dramatique : il s’agit de l’essor des faux médicaments.

L’accès limité aux médicaments conjugué avec le manque de capacités et de moyens pour le contrôle de la qualité contribue à la prolifération du commerce de médicaments moins chers mais de faible qualité, que ce soient des médicaments inférieurs aux normes ou des contrefaçons.

L’OMS estime que 11 % des médicaments disponibles dans les pays en voie de développement sont des faux et qu’ils sont probablement responsables de la mort de dizaines de milliers d’enfants. Des experts de l’organisation ont épluché une centaine d’études portant sur plus de 48 000 produits. Les médicaments pour combattre le paludisme et les infections bactériennes représentaient 65 % des faux produits. Des scientifiques de l’Université d’Édimbourg ont calculé qu’entre 72 000 et 169 000 enfants sont morts d’une pneumonie ou de paludisme après avoir reçu un médicament contrefait donc inefficace.

L’envoi des médicaments de base effectué par l’Ordre de Malte répond donc à un besoin vital et permet de garantir la traçabilité des médicaments.

Référence

  • Kalipso Chalkidou, directrice de la politique de santé au Centre pour le développement mondial émission « Newsday » de la BBC.
  • OMS
  • World Economic Forum
  • Iracm
  • ONU
  • Euractiv
  • Agence Française de Développement
  • Banque Mondiale
  • Agence Ecofin